La question de la nourriture des poules paraît simple et elle ne l’est pas. Une poule ne mange pas « du grain » : elle est omnivore, elle passe sa journée à chercher, et ce qu’on lui sert ne représente qu’une partie de ce qu’elle avale. Comprendre la répartition entre ce qu’elle trouve seule et ce qu’on lui apporte, c’est éviter les deux erreurs les plus fréquentes, le grain à volonté et les restes de table donnés sans réfléchir.
La poule est omnivore, et tout part de là
Contrairement à ce qu’on croit, la poule n’est pas granivore. Elle mange des graines, oui, mais aussi des insectes, des vers, des limaces, de l’herbe, des feuilles, des fruits tombés. Dans la nature, la part animale de son alimentation est loin d’être anecdotique : c’est elle qui fournit une grande partie des protéines dont la pondeuse a besoin.
Cette nature omnivore explique pourquoi une poule élevée en parcours pond souvent des œufs au jaune plus coloré et plus ferme qu’une poule nourrie au seul mélange de céréales. Elle explique aussi pourquoi la poule fait un si bon composteur vivant au jardin : elle mange ce qui traîne, et elle le transforme.
Elle n’a pas de dents. Elle avale, et c’est son gésier, un muscle puissant, qui broie les aliments. Pour y arriver, il lui faut des petits graviers qu’elle ramasse au sol. C’est un point que beaucoup de débutants ignorent : une cocotte sans accès à la terre digère mal.
Ce qu’une poule trouve seule au parcours
Si vos poules disposent d’un extérieur, une partie de leur ration se fait sans vous. Sur un terrain herbeux, elles passent leurs journées à gratter.
- Les insectes et les vers de terre : leur source de protéines animales préférée, et la raison pour laquelle elles suivent la bêche.
- L’herbe et les jeunes pousses : de la verdure, des fibres, des pigments qui colorent le jaune de l’œuf.
- Les limaces et les escargots, qu’elles avalent sans hésiter.
- Les graines sauvages tombées au sol.
- Les petits cailloux, avalés volontairement pour alimenter le gésier.
Avec l’expérience, on ajuste à l’œil : plus le parcours est grand et varié, moins la ration distribuée a besoin d’être copieuse. Un enclos nu, entièrement gratté et sans un brin d’herbe, impose au contraire de tout apporter : verdure comprise.
Les céréales, la base de la ration distribuée
C’est ce qu’on donne matin et soir, et c’est le socle énergétique. Le blé en constitue généralement la plus grosse part, complété de maïs concassé, d’avoine, d’orge ou de graines de tournesol selon les mélanges.
Le maïs mérite une nuance. Il est riche et il réchauffe, ce qui le rend utile en hiver, mais donné en excès toute l’année il engraisse la poule et fait chuter la ponte. Une poule grasse pond mal : c’est l’erreur la plus courante des petits élevages familiaux.
Comme repère pratique, on compte souvent autour de 120 à 150 grammes de mélange par poule et par jour, à moduler selon la taille de la race, la saison et la surface du parcours. Mieux vaut ajuster à l’observation qu’appliquer un chiffre : si le sol reste couvert de grain d’un repas à l’autre, vous donnez trop.
Les protéines, le vrai moteur de la ponte
Produire un œuf par jour ou presque demande énormément à l’organisme. Sans protéines suffisantes, la ponte ralentit, les plumes repoussent mal après la mue, et la poule s’affaiblit.
Au parcours, elle se sert seule. En enclos, il faut compenser : un aliment complet du commerce est formulé pour ça, et quelques apports ponctuels aident, comme des restes de viande cuite en très petite quantité, ou des légumineuses cuites. Le tourteau de soja et les insectes séchés jouent le même rôle dans les mélanges spécialisés.
C’est à l’automne, pendant la période de mue, que le besoin monte le plus. C’est aussi la période où la ponte s’arrête. C’est aussi celle où la ponte s’arrête : ce n’est pas une maladie, c’est la plume qui se refait, et elle est faite de protéines.
Vitamines et équilibre : ce qu’une ration variée apporte
Nourrie au seul grain, elle reçoit de l’énergie et presque rien d’autre : c’est un déséquilibre alimentaire, pas un régime. L’équilibre nutritionnel se construit avec le reste : la verdure apporte les vitamines, les insectes les protéines, les céréales les glucides, et les graines oléagineuses les lipides.
Chaque élément a son rôle. De beaux œufs viennent d’abord de là. Une carence en vitamines se voit au plumage terne et à une ponte irrégulière, bien avant de devenir un problème de santé. C’est le premier conseil à retenir : une alimentation variée vaut mieux qu’un seul produit, aussi complet soit-il, et c’est la première chose à corriger dans un poulailler.
Un oiseau de cage aide à comprendre par comparaison. Une perruche est granivore, son mélange lui suffit. Une poule, non : lui servir l’équivalent reviendrait à ne lui donner qu’un tiers de ce dont elle a besoin.
Le calcium et la qualité de la coquille
Une coquille d’œuf, c’est presque uniquement du calcium. Une pondeuse en fabrique une par jour : c’est un prélèvement énorme sur ses réserves, et la première carence qu’on voit apparaître dans un poulailler.
Les signes ne trompent pas : coquille fine qui se perce à la récolte, œuf mou sans coquille, œuf cassé dans le pondoir. Avant de chercher une maladie, vérifiez l’apport en calcium.
Les coquilles d’huîtres concassées sont la source la plus classique. Les coquilles d’œufs de vos propres poules fonctionnent aussi, à condition de les faire sécher et de les écraser finement : données entières, elles apprennent à la poule à manger ses œufs, et cette habitude ne se perd plus.
Os de seiche pour poules
L'os de seiche est une façon simple de laisser vos poules se servir en calcium quand elles en ont besoin. Posé à l'intérieur du poulailler, il reste disponible en permanence : la poule y revient d'elle-même selon son cycle de ponte, sans qu'on ait à doser quoi que ce soit. Il apporte aussi des minéraux et occupe le bec, ce qui limite le picage entre congénères.
Fruits, légumes et épluchures : ce qui passe
Voilà où la poule rend service, par exemple avec tout ce qui reste d’un repas. La plupart des restes végétaux du jardin et de la cuisine lui conviennent, et ce qui part au poulailler ne part pas à la poubelle.
- Salade, épinards, feuilles de chou, fanes de carotte : de la verdure, surtout utile en hiver quand l’herbe manque.
- Courgette, potiron, carotte, betterave, crus ou cuits, très appréciés.
- Pomme, poire, melon, pastèque en morceaux. Retirez les pépins de pomme, qui ne lui apportent rien de bon.
- Riz et pâtes cuits, sans sel ni sauce, en petite quantité.
- Un peu de fromage sec, très occasionnellement : c’est du calcium et des protéines, mais c’est gras et salé.
- Les peaux de courge et de melon, qu’elles nettoient jusqu’à l’écorce.
- Poireaux, blettes et fanes de radis, hachés grossièrement pour éviter les fibres trop longues.
- Lentilles et pois cuits, une bonne source de protéines végétales en complément.
- Épluchures et déchets de cuisine végétaux, à condition qu’ils soient sains et sans traitement.
Tout tient en une phrase : frais, non salé, non moisi, et en complément du reste. Un aliment qui a tourné rend une poule malade aussi sûrement qu’il rendrait malade un être humain.
Ce qu’il ne faut jamais donner à une poule
Il existe une liste d’aliments interdits, courte, mais elle n’admet aucune exception. Ces aliments sont toxiques ou dangereux pour la volaille, quelle que soit la quantité servie, et leur effet ne dépend pas de la race.
- Le chocolat et le cacao : la théobromine est toxique pour les oiseaux.
- L’avocat, chair et noyau : la persine est dangereuse pour la volaille.
- La pomme de terre crue et surtout verte ou germée, à cause de la solanine. Cuite et non verte, elle passe.
- Les feuilles de rhubarbe et les feuilles de tomate, toxiques.
- Tout ce qui est moisi, pain compris : les moisissures produisent des toxines dangereuses pour une poule.
- Le sel et les plats salés, charcuterie, chips, restes assaisonnés : une poule élimine très mal le sel.
- Les haricots crus, toxiques tant qu’ils ne sont pas bien cuits.
- L’oignon cru en quantité, qui peut altérer les globules rouges de la volaille.
- Les agrumes en quantité, mal supportés.
Le pain mérite un mot à part. Il n’est pas toxique en soi, mais il n’apporte presque rien, il gonfle, il coupe l’appétit et il moisit vite. Un croûton de temps en temps, pourquoi pas. Le pain comme base de ration, jamais.
Les restes de table : la règle simple
Donner ses restes aux poules est une bonne idée mal appliquée dans la plupart des poulaillers. Le tri se fait en trois questions : est-ce salé, est-ce sucré, est-ce moisi. Si la réponse est non aux trois, ça passe.
Gardez aussi la proportion en tête. Les restes sont un complément, pas une ration. Au-delà d’une petite part de ce qu’elle avale dans la journée, votre poule déséquilibre son apport et vous le verrez dans le pondoir avant de le voir sur l’animal.
L’eau, l’aliment qu’on oublie toujours
On l’oublie, mais une poule boit beaucoup, et un œuf est fait d’eau pour une bonne part. Un abreuvoir vide une demi-journée en été suffit à faire chuter la ponte pendant plusieurs jours.
L’eau doit être fraîche, propre et renouvelée quotidiennement. En hiver, surveillez le gel : une poule qui ne peut pas boire ne mange plus non plus, parce qu’elle a besoin d’eau pour faire passer les graines. En été, placez l’abreuvoir à l’ombre.
Nourrir ses poules en hiver
En hiver, la donne change. L’herbe ne pousse plus, les insectes ont disparu, et la poule dépense de l’énergie rien que pour se maintenir à température.
Augmentez légèrement la ration, et c’est le moment où le maïs prend tout son sens. Compensez le manque de verdure par des légumes distribués régulièrement : chou, salade, courge, betterave. Et pensez à la variété, car un poulailler d’hiver est un endroit où les poules s’ennuient, et l’ennui mène au picage. Créer de la variété coûte peu et change tout.
Pop-corn avec carotte pour poules
Donner une friandise n'est pas un caprice, elle occupe. Distribuée à la main ou éparpillée dans la litière, elle pousse la poule à gratter et à chercher pendant une partie de la journée et réduit les tensions dans le groupe, particulièrement en hiver ou dans un enclos restreint. La carotte y ajoute de la couleur et de la variété quand le parcours n'offre plus rien.
Que mangent les poussins et les poulettes
Un poussin ne mange pas comme une adulte. Sa croissance demande un aliment beaucoup plus riche en protéines, et surtout beaucoup plus finement broyé : le démarrage se fait en miettes, pas en grain entier, que le jeune bec ne peut pas avaler.
Choisir un aliment adapté à l’âge évite bien des ennuis : le passage vers l’aliment de poulette puis vers celui de pondeuse se fait progressivement, en mélangeant les deux sur plusieurs jours. Un point compte plus que les autres : ne donnez pas d’aliment pondeuse à un poussin. Son taux de calcium, calibré pour fabriquer des coquilles, abîme les reins d’un jeune animal qui n’en a pas l’usage.
Quelle quantité, et à quel rythme
Deux distributions par jour, matin et soir, conviennent à la plupart des poulaillers familiaux. Le matin relance la machine après la nuit, le soir permet à la poule de passer la nuit avec un jabot plein.
Les mélanges du commerce sont composés pour couvrir ces besoins, mais le bon réglage, lui, se lit au sol. S’il reste du grain entre deux repas, réduisez. Si les poules se jettent dessus et raclent la terre dans la foulée, augmentez un peu. Une mangeoire remplie en permanence attire les rongeurs et gaspille : c’est le seul cas où l’à-volonté se justifie mal.
Pour assurer un apport régulier, la verdure et les restes se donnent également en milieu de journée, et en quantité que le groupe finit dans l’heure.
La mangeoire : hygiène, gaspillage et rongeurs
Où et comment vous servez compte presque autant que ce que vous servez. Une mangeoire posée à même le sol se salit, se renverse et attire.
- Surélevée à hauteur de dos de poule, elle limite le gaspillage et empêche les animaux de gratter dedans.
- À l’abri, sous un auvent ou dans le poulailler : un grain mouillé moisit en deux jours.
- À nettoyer régulièrement : cet entretien est la base de l’hygiène du poulailler. Une mangeoire en bois se brosse à sec, une mangeoire en métal se lave et se sèche.
- Vidée le soir si vous avez des rongeurs, ces derniers repérant vite un point de nourriture.
- Doublée d’une seconde option si le groupe est nombreux : deux points de distribution évitent que les dominantes monopolisent la première. Un grillage fin autour du point de distribution complète la protection.
Gaspiller n’est pas qu’une question d’argent : le grain répandu et piétiné est exactement ce qui fait venir les nuisibles. Si vos enfants donnent à manger aux poules, montrez-leur à éparpiller peu et souvent plutôt qu’à vider le seau d’un coup.
Alimentation et santé : où s’arrête cet article
Une alimentation juste règle une bonne part des problèmes d’un poulailler, mais pas tous. Si vos poules présentent des fientes liquides, notre guide sur la poule qui a la diarrhée détaille les causes et les remèdes.
Pour l’usage des plantes, qui relève du soin et non du régime, nous leur consacrons deux articles à part : l’ail pour les poules et l’infusion d’ail et de thym.
Retrouvez aussi toute la gamme d’alimentation et de compléments pour la basse-cour de Moreau Millet, producteur français depuis 1930.
Questions fréquentes sur l’alimentation des poules
Une poule peut-elle manger du pain ?
En petite quantité et sec, oui. Mais le pain n’apporte presque rien, il gonfle, il coupe l’appétit et il moisit vite. Le pain moisi, lui, est franchement dangereux. Ne l’utilisez jamais comme base de ration.
Que mange une poule en hiver quand il n'y a plus d'herbe ?
C’est la ration distribuée qui prend le relais de ce que le parcours ne fournit plus. Augmentez-la un peu, laissez plus de place au maïs qui réchauffe, et apportez de la verdure sous forme de légumes : chou, salade, courge, betterave.
Pourquoi mes poules pondent-elles des œufs à coquille molle ?
C’est le signe d’un manque de calcium dans presque tous les cas. Mettez du calcium à disposition en libre-service, sous forme de coquilles d’huîtres concassées ou d’os de seiche, et la coquille se refait en quelques jours.
Faut-il donner des graviers aux poules ?
Oui, si elles n’ont pas accès à la terre. La poule n’a pas de dents : c’est son gésier qui broie, et il a besoin de petits cailloux pour fonctionner. Une poule en enclos bétonné doit recevoir du gravier fin.
Une poule peut-elle manger de la viande ?
Oui, cuite et en très petite quantité. Elle est omnivore et consomme naturellement des insectes et des vers. Évitez en revanche toute viande salée ou assaisonnée, et n’en faites pas une habitude.
Combien de fois par jour faut-il nourrir une poule ?
Deux fois, matin et soir, convient à la plupart des poulaillers familiaux. Le bon volume se règle à l’observation : s’il reste du grain au sol entre deux repas, vous donnez trop.
Les poules mangent-elles leurs propres œufs ?
Elles peuvent y prendre goût, et l’habitude est très difficile à faire perdre. C’est souvent la conséquence d’un manque de calcium ou d’un œuf cassé laissé dans le pondoir. Si vous recyclez les coquilles, écrasez-les finement pour qu’elles ne ressemblent plus à un œuf.